X. JEUX D'HABILETÉ

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L'habileté est une qualité présente d'une façon ou d'une autre dans tous les jeux. Pour les exécuter ils demandent des capacités et de l'habileté et même l'astuce et la ruse sont des composantes nécessaires à la pratique de la plupart d'entre eux. Nous avons regroupé dans ce chapitre ceux dans lesquels l'habileté avec les mains est la caractéristique la plus notoire.

Certains, comme le jeu des osselets, sont propres ou réservés exclusivement aux filles et ont été un jeu emblématique de ces dernières pendant de nombreuses décennies de ce siècle. À côté de lui nous avons décrit les jeux avec des pierres, bostarrika, parce qu'ils ressemblent beaucoup aux osselets, ce qui a conduit certain auteur à signaler qu'il pourrait s'agir d'un précédent de ces derniers.

Les jeux avec des images ont été pratiqués tant par les garçons que par les filles, mais les uns et les autres avaient leurs propres modalités et jouaient de différente façon. Les jeux avec des aiguilles et des bâtons qui existent à peine aujourd'hui étaient très populaires au début du siècle.

La toupie et le hinque étaient presque exclusivement des jeux de garçons et l'importance du jeu de la toupie est indéniable. Le chapitre se conclut sur plusieurs jeux d'habileté avec divers jouets parmi lesquels il faut détacher, pour leur importance, du moins jusqu'à des dates récentes, le jeu des cerceaux chez les garçons et celui du diabolo chez les filles.

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Les osselets. Sakak. Tortoloxak

Comme l'ont recueilli les enquêteurs dans les différentes localités étudiées, jouer « aux osselets » est un divertissement enfantin pratiqué principalement par les filles. Les informateurs les plus âgés se souviennent qu'on y jouait au début du siècle. Il semblerait qu'autrefois les règles et les modalités de jeu étaient plus complexes et qu'elles se sont simplifiées par la suite.

C'est un jeu très répandu dans l'espace et dans le temps et commun à de nombreuses cultures. Telesforo de Aranzadi affirme : « Les osselets jouent un rôle important dans l'ethnographie européenne depuis les temps préhistoriques. Leur antiquité remonte incontestablement à l'époque où les Européens vivaient de la chasse et dans la grotte de Santimamiñe (Basondo-Kortezubi) nous en avons trouvé de toutes les tailles, de 17 à 87 millimètres, autrement dit, de 2/3 à 3 fois plus grands que ceux aujourd'hui les plus utilisés dans le jeu. Il n'est pas possible d'imaginer qu'on jouait avec les grands de la même façon qu'avec les petits ; mais il se peut qu'ils aient servi dans les sortilèges. Leur importance magico-religieuse est attestée par l'osselet en bronze à deux anses, ex-voto dédié à l'Apollon de Didyme, de près d'un coude de long, emporté à Suse par Darius après la prise de Milet et la mise à sac du temple à la fin du VIe siècle av. J. C.»[1].

On a joué « aux osselets » de très nombreuses façons. Cette diversité est perceptible dans les éléments du jeu, dans ses règles et dans les comptines qui l'accompagnaient.

Jeux avec images. Kromoka

Éléments du jeu

Les images utilisées sont imprimées sur une seule face, avec des couleurs et des thématiques variées, achetées aux marchanteras, vendeurs ambulants, ou dans le commerce. Il s'agissait parfois d'un cadeau des parents ou des grands-parents aux filles et aux petites-filles lors de fêtes ou de foires. Elles sont vendues par planches ou par plis de différentes tailles, avec des dessins autour d'un même thème ou variés : fleurs, animaux, poupées, maisonnettes, anges, paniers de fleurs, personnages de contes, etc. Certaines images, celles qui sont considérées destinées aux filles, sont agrémentées de bords dentelés et de brillantine ou purpurine. Celles destinées aux garçons sont illustrées de voitures, avions, chevaux, motos, footballeurs, cyclistes, etc.

La toupie à lancer. Tronpaka

Le si connu jeu de la toupie a été un passe-temps traditionnel dans les modes de divertissement des enfants de Vasconia pendant de nombreuses décennies du XXe siècle et il le reste encore aujourd'hui.

L'instrument de jeu est la toupie oignon, soit une pièce en bois tourné avec un corps bombé qui s'affine vers l'extrémité où se trouve la pointe. La toupie se divise en trois parties qui sont la couronne, protubérance qui ressort sur le dessus de la toupie ; le corps, qui est le noyau lourd ; et la pointe réalisée en fer qui est fichée dans le bois. Cette pointe en fer est appelée à Murguía et Vitoria (A) rejón, à Mendiola (A) pico et à Zeanuri (B) untzia.

Les toupies étaient généralement en bois de hêtre, de chêne vert, d'acacia, de frêne, de chêne ou de buis. Chaque enfant avait la sienne, soit qu'il l'ait reçue comme cadeau de Noël, soit qu'on la lui ait fabriquée artisanalement à la maison. Ainsi, à Apodaca (A) la toupie se faisait à la maison ou avec l'aide du menuisier et était habituellement une récompense que l'on donnait à l'enfant à Noël. La grand-mère était celle qui offrait la corde. À Portugalete (B), c'est un tourneur installé sur le quai du vieux port qui les faisait.

Pour faire danser la toupie, on entoure une corde d'environ un mètre et demi autour d'elle. On commence en la tenant par la pointe ou en la pressant avec le pouce en passant ensuite la dent de fer pour former des spirales serrées jusqu'au milieu de la toupie. On plaçait parfois sur la couronne un morceau de tôle troué ou une pièce de monnaie trouée par laquelle on passait la corde en faisant un nœud pour qu'elle ne s'échappe pas et qu'elle tienne bien.

Pour la faire danser, on lance la toupie avec la main entre les doigts de laquelle nous retenons la corde qui reste. La toupie commence à tourner en l'air et continue à le faire par terre en mettant en jeu l'habileté du lanceur.

El hinque (ficher). Kinkika

Ce jeu, pratiqué presque exclusivement par les garçons, consiste essentiellement à lancer un instrument terminé en pointe sur un sol argileux mou. L'ustensile peut être un bâton pointu, un couteau, un clou, voire un tournevis, généralement connu sous le nom de hinque. Mais dans certains villages il reçoit un autre nom en espagnol ou un nom basque.

Avant de commencer à jouer, et pour voir quel allait être l'ordre de participation, une raie était tracée par terre, puis tous lançaient le hinque. Le premier à lancer était celui dont le hinque s'était fiché le plus près de la raie.

À l'hinque, comme à la toupie, on pouvait jouer de très diverses façons, qui vont des plus simples, comme l'introduire dans un cercle préalablement tracé par terre, essayer de le ficher le plus près possible du cercle ou de le lancer et essayer de le ficher le plus loin possible, «Makillakin» à Zerain (G), jusqu'à d'autres modalités d'exécution plus compliquée.


  1. Telesforo de ARANZADI. «Tabas y perinolas en el País Vasco» in RIEV, XIV (1923) pp. 676-679.