XXI. LA TONTE. ARDI-MOZTEA

De Atlas Etnográfico de Vasconia
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La tonte. Ardi-moztea

En basque, l'action de tondre est communément appelée ardiak moztu. Mais, d'autres termes ont été recueillis comme lanea moztu (Mendata et Sollube-B), lanea triskillau (Sollube), ilea moztu (Ernio-G), ilhe-moxtea (Etxebarre-Z), ilhe-bizkarratzea (Zuberoa) et ardiak eskilau (Orozko-B). Une informatrice d'Ajuria (Muxika-B) utilise également, en parlant de la tonte, l'expression ardiak mutildu, dont on se souvient également dans le Gorbea (B) et à Bernagoitia (B).

La tonte avait lieu dans l'étable, le parc ou devant la bergerie, mais aussi dans le pré où paissait le troupeau.

Le temps de la tonte, ardi-mozteko sasoia

Dans la plupart des localités étudiées, il a été constaté que la tonte s'effectuait vers la fin du mois de juin.

À Aramaio, Sierra de Badaia, Valderejo, Treviño (A), Legazpi et Sierra de Aizkorri (G), c'est la fête de la Saint-Jean, le 24 de ce mois, qui est considérée comme la meilleure date pour la tonte.

Dans les villages en bordure du massif de l'Oiz (B), la tonte avait lieu à l'époque où le soleil commençait à chauffer, vers la fête de la Saint-Jean.

À Ezkio (G), l'enlèvement de la laine se réalisait entre la fin du printemps et le début de l'été, généralement vers la Saint-Jean. La même coutume a été enregistrée dans l'Aralar guipuzcoan, où l'époque la plus propice a toujours été la phase lunaire descendante la plus proche de la Saint-Jean et l'opération s'effectuait depuis des temps immémoriaux dans le parc à brebis.

À Ernio (G), antan, ils tondaient toujours la veille de la Saint-Jean, après que les bergers ont réuni leurs troupeaux en montagne. Selon les informateurs, la tonte doit se faire à la lune descendante car ainsi, si les brebis sont blessées pendant qu'on coupe la laine elles perdent moins de sang et elles cicatrisent plus vite ; de plus, le nouveau poil croît plus vigoureusement. L'alimentation que reçoit l'animal et le moment de la mise à bas ont aussi une influence sur la quantité de laine. Ainsi, celles qui ont mis bas plus tard ont moins tiré parti de l'aliment pour elles et n'ont pas autant de laine que celles qui ont agnelé tôt.

Mesures de précaution

Les bergers sont conscients du fait que le retrait de la protection implique un changement thermique important sur le corps de la brebis et donc, au cours des premières semaines, ils veillent à ce que les animaux ne se refroidissent pas.

En Tierra de Ayala (A), les informateurs se souviennent du risque que présentait la tonte avant juin car comme le bétail était moins bien alimenté et soigné qu'aujourd'hui, il pouvait prendre froid et mourir. C'est pour cette même raison qu'on choisissait pour cette tâche une bonne journée chaude. Par mesure de précaution, certains bergers maintenaient sur les brebis la dernière laine qu'elles avaient produite pour qu'elles soient mieux protégées, car ainsi, en cas de pluie, elles pouvaient se secouer l'eau et avoir plus chaud. Leur enlever ainsi la laine était appelé «dejarlas en camiseta» (les laisser en maillot de corps), tandis que les tondre complètement était «dejarlas en pelotas» ou «dejarlas en cueros» (les laisser à poil). De plus, les tondeurs suivaient un certain ordre dans la tâche en passant d'abord les brebis sans agneau par les ciseaux, puis le reste du troupeau.

Les tondeurs, ardi-moztaileak

Parfois le tondeur était le propre berger, surtout s'il possédait un petit troupeau. Il travaillait seul ou accompagné des membres de la maison ou des bergers voisins dans une sorte de troc, et à d'autres occasions la coutume consistait à louer les services de tondeurs étrangers, de villages proches ou éloignées[1].

Il a été constaté de façon pratiquement généralisée que lorsqu'elle était réalisée par un groupe de bergers, la tâche prenait un tour plus ludique et se terminait presque toujours par un bon repas ou dîner.

La laine, artilea

Comme la laine était autrefois tenue en grande estime, sa vente était parfois faite avant la période de tonte. Elle servait à confectionner des matelas pour la propre maison ou pour le voisinage qui souvent en passait la commande à l'occasion des préparatifs de noces. Une petite part était traditionnellement réservée par les propres bergers et leur famille au tricotage de linge domestique. Il existait, et il continue à exister, des laines de différentes qualités. Le plus gros de la production était vendu et se vend aujourd'hui à des a intermédiaires ou directement à des professionnels que l'utilisent dans l'industrie textile.

Le fumier de brebis, ardi-zimaurra

Dans la vie pastorale basque d'autrefois, le fumier produit par les brebis revêtait une grande importance ; il était utilisé comme engrais et pour payer la location des pâturages. À l'époque où était pratiquée la transhumance d'hiver à la recherche d'herbe pour le troupeau, le système le plus courant pour louer les pâturages consistait à verser, à côté d'une certaine somme d'argent, une rétribution en espèce, les bergers cédant ainsi aux agriculteurs le fumier de leurs brebis comme engrais et le petit-lait pour nourrir les cochons[2].

Leoncio de Urabayen offre une information de poids. Dans la deuxième décennie du XXe siècle –indique-t-il– dans le bassin de Pamplona, le pastoralisme m'était pas une bonne affaire et «seule l'obtention de fumier l'a fait perdurer». Certains témoignages de nos enquêtes vont dans le même sens. À Roncal (N), il a été recueilli de la bouche d'un berger qu'autrefois, quand à la fin du printemps ils quittaient les Bardenas et sortaient des pâturages, avec la vente du sirrio ou fumier et du fromage ils obtenaient parfois plus d'argent qu'avec la vente des agneaux. À Bernedo (A), il a été signalé que vers la Saint-Michel, le 29 septembre, le fumier du parc et des rues du village était mis aux enchères. À Bajauri, Obécuri et Urturi (A), le fumier de brebis était considéré comme le meilleur. Un berger de Nabarniz (B) se souvient qu'autrefois ce produit était vendu comme engrais.


  1. Dans les troupeaux soignés par les bergers basques en Amérique du Nord, la tonte était confiée à des équipes de tondeurs, normalement mexicains et indiens, qui voyageaient en suivant un circuit et qui étaient embauchés pour travailler à la pièce. Pour cette tâche, le berger réunissait ses animaux dans des parcs permanents ou temporaires. L'opération avait lieu peu après l'agnelage, qui se produisait entre fin avril et mai. Les brebis recevaient aussi une marque de peinture. William A. DOUGLASS; Richard H. LANE. Basque Sheep Herders of the American West. Reno : 1985, pp. 175-176.
  2. José Miguel de BARANDIARAN. «Vida pastoril vasca: Albergues veraniegos. Trashumancia intrapirenaica» in OO.CC. Tome V. Bilbao : 1974, p. 397.